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petites histoires

Nightwalker

le 01/02/2008 à 22h10
LE MONDE N'EST QU'UN TAS DE CENDRES//

Géraldine et Elisabeth, en dessous du lit. Elles rangeaient leurs affaires dans les placards à lattes et d’un brun foncé et laqué. Elles triaient leurs chaussettes en fait, lentement. Curieusement, la scène se déroulait dans un surréel épouvantable avec des palpitations cérébrales dans le crâne de Cassandre, le monde n’existait plus, il mourait, lui et tout ce qu’il contenait il lâchait son tout dernier soupir si calme.

Cassandre aimait beaucoup les fins du monde.
Elle pouvait s’y assoupir et se fondre dans l’univers sans penser à rien.
D’ailleurs elle ne pensait à rien en cet instant. En fait, elle ressentait uniquement. Elle ressentait des vibrations courbes dans son cerveau, des palpitations lentes en son coeur et dans son cou. Elle ressentait aussi l'électricité dégagée par la présence de ses deux camarades au bas du lit : il s’agissait d’un moment flottant et souple et beau.
Cassandre aimait de plus en plus les fins du monde.

Mais arrive ce moment où même les fins du monde ont leur finalité, se dissipant sans avertir...
Cassandre se releva dans son lit sans les mains, donnant un coup de reins subit et regarda d’un air à la fois placide et inquiet les alentours de la chambre au fond de laquelle trônait un lavabo rance d’une couleur de fond de piscine sale. Puis elle descendit du perchoir.

—J’ai dormi combien de temps ?
—Sans doute cinq minutes.
—Ou bien dix.

Elisabeth (regardant au plafond): ‘fait un peu froid ici, et j’ai vérifié, le chauffage ne s’allume pas.
Géraldine: Putain on va cailler...
Elisabeth: Ouais...
Cassandre: Mhh...
Géraldine (enlevant ses chaussures): Puis on doit descendre au salon en pantoufles, oubligé parce que sinon les femmes de chambre elles t’engueulent. On doit manger. Soupe aux carottes.

Soupe aux carottes orange velouté en éruption d’un autre monde...

Cassandre: C’est dégueulasse.

Les légumes nagent et fondent dans leurs sucs transparents...

Géraldine: Ho moi j’aime bien.

Glougloutent lentement comme un estomac affamé...

Elisabeth: Non Cassandre a raison, c’est dégueulasse.

Tentent de bondir hors de leur échafaud pour venir nous dévorer...

Cassandre: C’est pas la soupe qui est dégueu c’est la soupe des écoles qui est immangeable.

BAM ! (la casserole tombe.)

Elisabeth: Bon descendons.

Elles descendirent l’escalier et Cassandre pensa à un dessin animé dans les montagnes anciennes recouvertes de fôret, où des loups immenses à deux queues hurlaient et parlaient et où un cerf à tête humaine se métamorphosait en spectre la nuit, faisant jouer le vent des grandes hauteurs impénétrables.

Les grands loups des fonds des temps hurlent de désespoir voyant leur forêt éternelle détruite par le feu et le métal
Ils dévorent alors chaque personne qui passe en leur territoire...
Leur pelage blanc devient d’abord rose puis vermeil et puis brun noir
Leurs yeux verts s’ensanglantent comme ceux des lapins de laboratoire

Elles parvinrent à la grande salle qui servait de réfectoire, aux carpettes murales poussièreuses et tâchées. Un professeur, le titulaire, ouvrit un discours bizarre à propos des raisons pour lesquelles la direction avait décidé de projeter ces deux classes dans ce pays lointain mais quand même proche.

Le titulaire: Chers élèves, la direction a décidé de vous expédier ici afin que vous ayez quelques leçons de vie. Comme vous le savez tous, à votre niveau on vous envoie en retraite. Vous apprendrez ici à prendre le temps pour vous retrouver vous-mêmes, et Dieu. Car nous vivons dans un monde qui empêche les gens de retrouver le Seigneur ! Cette retraite permettra de vous retrouver... avec Dieu... et vous mêmes... Dieu... Dieu. Amen.

Lesdits élèves deumeurèrent sceptiques. L’air bourdonnait, un bruit de vaisselle cassée émana de la cuisine.



Ptaing j'ai bien déconné sur ce coup-là huhu !

I went back.

le 25/11/2007 à 14h02
Donc tous se dirigeaient lentement vers le centre pour jeunes Belles Lumières, comme l'avait indiqué le misérable petit panneau planté là spécifiquement pour indiquer pareille information. Les bagages étaient assez légers mais encombrants à porter et il faisait un peu froid. Une fine brume sortait de diverses narines fumantes d'adolescents je-m'en-foutistes. Cassandre monta avec Elisabeth et Géraldine afin de choisir dans quelle chambre miteuse elles allaient passer leurs nuits ; le choix fut facile : toutes les pièces étant parfaitement identiques, elles optèrent pour celle qui était la plus proche des lieux d'aisance et salles de bains. La chambre numéro 478. Rien n'indiquait que Belles Lumières puisse contenir un nombre aussi astronomique de chambres, mais la curiosité n'y étant pas et la lassitude régnante après un voyage de quatre heures emportant la partie, elles ne s'en offusquèrent pas ; quelque chose de plus important devait être réglé au plus vite.

— Je prends le lit du dessus.

La déclaration faite, Cassandre s'empressa de grimper à toute vitesse et se planta, toute raide, sur le vieux matelas du lit superposé. Elisabeth ne tenta nulle objection face à la gisante là au-dessus : cela ne mènerait à strictement rien. Cassandre voulait celui du dessus, elle aurait celui du dessus, et, comme le chat perché sur son arbre, personne ne l'en délogerait. Elle se résigna donc à occuper le lit du dessous tout en lançant une remarque en vengeance :

— Ben au moins c'est pas moi qui vais me casser la gueule en descendant pour pisser la nuit.

La conversation s'arrêta là et Géraldine choisit sans rien dire le dernier lit poussiéreux situé entre le lavabo et la porte. Curieusement, les murs étaient recouverts de carpette et de lattes en bois, alors que le sol était fait d'un dallage en faïence dissimulé par quelques tapis épars. Il y avait une grande fenêtre, avec des rideaux bleus, qui donnait sur un balcon étroit, qui lui même portait sur l'étrange forêt qui entourait les Belles Lumières. Dehors pas un bruit. Tout était affreusement silencieux, ces silences qui nous plongent dans une sensation de rêve bourdonnant aux allures irréelles et aux contours indéfinis, tant que tout bascule sans avertir, plus rien n'a de sens et même notre véritable impression du moi devient bizarre : un peu dépossédé, on se demande pourquoi moi et pas un autre. Cassandre sombrait : à travers la fenêtre elle pouvait voir les arbres qui occultaient leurs profondeurs secrètes. D'ailleurs si l'on avait un peu de patience, en marchant assez loin l'on débouchait juste devant un immense trou, qui tranchait de part en part la forêt aux arbres éternels ; on tournait la tête à gauche et puis à droite : le ravin était infini de tous sens. Toutefois l'on pouvait apercevoir, en face, l'autre côté de la forêt, recouvert de buissons et de grands pins. Au pied d'un gigantesque chêne à l'écorce creusée discutaient quelques autochtones. Au début, elle n'osa pas trop s'en approcher, éblouie qu'elle était du vert intense émis vibrant par la végétation qui pourtant était sombre. Cependant un des autochtones l'interpella en lui hurlant si elle savait pourquoi ce trou était là. Elle lui dit que le trou s'agrandissait sans relâche, ses bords s'effritant sous les racines des arbres. Il les emporterait indéfiniment dans ses chutes. À cela l'autochtone répondait, toujours en hurlant, que cela n'avait aucun intérêt, qu'il le savait très bien et que ça n'expliquait pas du tout pourquoi le trou était là.
Elle décida de faire demi-tour et constata que quelque soit la distance qu'elle parcourait, elle retombait à nouveau devant le trou. Bon. Elle gesticula et finit par se cogner quelque chose de dur et droit : la barre de son lit. Elle regarda à travers les planches et vit Elisabeth et Géraldine ranger leurs affaires dans les placards. Manifestement son sommeil plein de turbulences cognitives n'avait pas duré très longtemps.

Les champs de Mars

le 04/11/2007 à 14h59
QUANTA EGO//


Le temps avançait si lentement dans cet autocar, tant bien que même en parlant de choses très compliquées, Cassandre et son amie finirent par se lasser. Elisabeth s'endormit et Cassandre se mit à observer le paysage ennuyeux. Il était long, monotone, et recouvert de vastes étendues vertes et infinies et désertes. Par échelle de comparaisons, on pouvait prétendre que ça ressemblait fort à un Sahara herbacé, écrasé par un ciel bleu cyan. À cet instant précis, où Cassandre regardait paresseusement l'intense similitude entre tous les points de l'arrière-plan, tous les occupants du car, à l'exception près du chauffeur et des enseignants, s'étaient endormis. Il régnait un ronronnement uniforme ponctué de quelques soupirs. Depuis combien de milliers de kilomètres roulaient-ils, pour combien de temps encore rouleraient-ils sans que rien ne se passe ?
Nul ne savait et à vrai dire, personne ne semblait vouloir l'apprendre. L'espace temps avait l'air de s'être déchiré pendant la progression du véhicule devant ce champ. Peut-être étaient ils condamnés à rouler dans la même paysage interminable jusqu'à la fin des temps.

Mais ce ne fut pas le cas. Quelques heures (ou quelques milliers d'années, à en croire l'impression des occupants du car) plus tard, un grand bruit de freins retentit en même temps que tout le monde fut à moitié projeté en avant. Les professeurs émergèrent d'un état de veille profond et commencèrent de vaquer à leurs multiples devoirs professionnels, à savoir dans le cas présent réveiller tous les élèves et les inciter à prendre leurs bagages.

Parmi les enseignants se trouvaient :
Le professeur de géographie, un barbu roux qui aimait dire quelle sortes de plantes pouvaient soigner les verrues (il le faisait à chaque fois);
Le professeur de sciences, qui aimait faire croire aux élèves des petites classes que les vaches brunes donnaient non pas du lait mais bien du chocolat chaud;
Le professeur titulaire, qui dut malgré lui entamer nombre de démarches administratives d'un compliqué tannant sans pouvoir se consacrer à son activité favorite (ne rien faire);
Et le professeur de langues anciennes qui ne savait pas très bien ce qu'il faisait là.

le but du voyage n'était pas spécifié, et d'ailleurs on s'en foutait.

Entre-temps, le décor s'était miraculeusement transformé : au lieu de la planète Mars recouverte de gazon se dressait une épaisse forêt, lourde et d'un vert sombre. Dans un coin à quelques dizaines de mètres se tenait une espèce de complexe d'auberges. Les bâtiments étaient laids. Gris et bétonneux, leurs petites fenêtres grillagées faisaient penser à des meurtrières de prison. Tout cet affront à l'esthétique était planté au beau milieu d'une clairière ensoleillée, comme illuminée par le doigt de Dieu. C'était d'un ridicule un peu troublant. Même l'ambiance avait quelque chose d'étrange: silencieuse et légère, elle demeurait décidément opaque.



Bah.

How many ways ?

le 21/10/2007 à 18h00


Casual stares//

CHOISIS LA VOIE LA PLUS SINUEUSE,

ELLE TE RENDRA FOU MAIS ECLAIRE.


L'air était très frais et humide, une brume poisseuse qui pâlissait le décore lointain.
Un des effets du brouillard nocturne est de transformer la moindre source lumineuse en auréole de saint : une sorte d'aura jaune clair brillante dans le bleu orangeâtre du ciel de la rue enveloppant chaque lampadaire au sodium de la rue.

Et donc Cassandre se déplaça depuis son habitation jusqu'au lieu de rendez vous stipulé par son école, fortement en avance, la nuit, histoire de bien observer le lever de soleil et les passants depuis son poste avancé : le dossier du banc.
Peu à peu ses camarades arrivaient : le bonjour, la bise (rituels de reconnaissance). Malgré d'intenses efforts, notre protagoniste ne parvenait pas à prendre goût aux sujets désuets (du moins à ses yeux) desdits camarades. C'est donc en introduisant de temps à autre un commentaire déplacé sans aucun rapport avec le sujet dans la conversation que Cassandre attendit son unique amie à proprement parler, une espèce de gothique aux visions pessimistes qui, écoutant The Cure dans le noir prédisait l'avenir dans les mains, et qui prévoyait de bientôt changer pour aller vers un look plus hippie, mais en noir. Bref, un petit paradoxe ambulant.

Après moulte parole écoutée à moitié par une oreille distraite, arriva enfin Elisabeth, la gothique de service, amie de Cassandre, la bizarroïde de service. Comme en même temps qu'Elisabeth était survenue l'heure de pénétrer dans l'autocar, elles mirent leurs bagages dans les cales aux dimensions restreintes et grimpèrent dans le véhicule pour s'asseoir dans des sièges aux dimensions encore plus restreintes —leur inconfort frisant le ridicule. Durant le voyage, elles parlèrent de relativité générale et restreinte, de physique quantique, de théorie des cordes et de voyage dans le temps.



Ah-Ha moment fatidique,
le suspense est dense,
l'attente plutôt apathique,
et les petites étoiles dansent !

N'importe quoi !

Kussjes.

Before it was

le 20/10/2007 à 22h50
INCIPIT

Maintenant Cassandre ne se souvenait plus de la grosse femme, ni de la jeune fille, ni des ascenseurs rouges, ni des couloirs chics, pas plus que des nuages opalescents.

Elle se leva pour se rasseoir sur son lit, dans ces moments où, fatigué et à moitié inconscient, l'on s'arrête et ne pense à rien, avec un tournis très léger. Au bout d'un certain temps, le réflexe matinal d'aller se brosser les quenottes l'emporte sur l'inertie, et voyons en cela l'un des principes physiques de Cassandre : l'intensité et la brutalité de la reprise d'activité notoire est proportionnelle au temps d'attente consacré à l'inertie.Elle n'avait donc pas attendu très longtemps; quand c'était le cas, elle se levait d'un coup et commençait de choisir ses vêtements pour la journée, trifouillant frénétiquement dans l'armoire. Cette loi plus ou moins physique de sa psychologie s'applique à tous les niveaux de conscience et ce même aux moments les plus inattendus, il est donc important que nous gardions cela à l'esprit.

Donc Cassandre se brossait les dents.

Et quand elle atteignit les molaires, elle émergea peu à peu de son état d'inattention et se rappela des événements survenus précédemment dans son existence, comme le voyage scolaire qui devait débuter ce jour même. En se souvenant de cela, elle fit la liaison avec le réveil qui avait sonné trop tôt : il n'était que quatre heures du matin.
Après s'être aspergé la le visage d'eau froide, Cassandre se souvint qu'elle n'appréciait que très moyennement la compagnie de ses petits camarades de classe. Non pas qu'ils fussent tous stupides (même si ceux qui l'étaient étaient aussi loin d'être des cas isolés), mais aucun ne semblait mériter que l'on lui prête attention. Elle n'y voyait aucun intérêt, sauf peut-être passer son temps autrement qu'en solitaire accomplie. Mais elle ne les détestait pas non plus, peut-être même les appréciait-elle quelque peu, à force d'être exposée à leur présence. Mais leur existence toute vaine ne faisait que refléter la sienne : une vacuité écrasante. Jamais elle ne put démontrer cette thèse pourtant elle y croyait dur comme fer : la thèse fleurait l'ingrate vérité.

À quatre heures du matin le petit appartement dans lequel elle vivait avec sa mère était encore mort. Nulle trace non plus du frangin, qui passait sa vie en des lieux inconnus et ne revenait que sporadiquement pendant quelques jours pour ne rien faire d'autre qu'acte de présence et éventuellement subtiliser quelques éléments du frigo. Autant dire que, pour Cassandre, son frère était un mystère insolvable, autant dire qu'il n'existait tout bonnement pas.

Les valises étaient déjà prêtes pour le voyage scolaire de deux semaines dans un bled inconnu paumé au coeur de rien. Qu'allaient-ils bien pouvoir fabriquer là-bas, elle n'en avait pas non plus la moindre idée, cette question étant presque plus épaisse que le voile qui occultait l'étrange réalité de son frère.



Eh bien voilà que Cassandre apparait, malgré elle.

Kussjes.

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