DE PRINCIPATU (CASSANDRAE)//Au sujet du commencement (de Cassandre)
IL N'Y A AUCUN MOYEN DE SAVOIR AVANT,
LA SEULE FAÇON D'ÊTRE REELEMENT FIXE,
C'EST D'ESSAYER, AU RISQUE DE TOUT PERDRE.
Ambiance sombre et molletonneuse et agréablement tiède, où tournent silencieusement les dernières ombres de l'inconscience, les derniers mystères rampants qui se glissent sous les armoires.
Cela dure longtemps, chaud et agréable, l'absurde qui se mêle à se mêler de la réalité, au point de considérer chacune des aiguilles du réveil comme étant respectivement l'ellipse, le centre, et l'orbite.
Quand les trois aiguilles seront alignées sur la demi-heure, que l'ellipse, le centre et l'orbite auront atteint le foyer, ce sera l'heure de s'extraire du sommeil paradoxal chaleureusement aberrant. En attendant, les aberrations intérieures se poursuivent: une femme corpulente en robe de soirée se tient allongée sur le coté dans un luxueux canapé de cuir noir, une coupe de champagne à la main, au beau milieu d'un grand appartement vide et spacieux.
L'appartement en question se situe dans un immense immeuble aux hauteurs célestes telles que le reflet imposant du ciel bleu azur parsemé de d'épais nuages argentés s'étaye dans toute son importance. Mais à l'intérieur de cette tour de verre, les couloirs sont sobres, peuplés d'une ambiance calme et proprette, et au bout de ces longs et larges chemins carrelés de marbre beige aveuglant se trouvent, implantés dans les murs, deux grands ascenseurs bordeaux. La décoration est peu présente mais de très bon goût, donnant l'impression d'être à l'aise dans une énorme maison plaisante au regard: de longs bancs recouverts de cuir blanc à la structure noire de bois laqué, où se reposent en masse divers coussins aux tons pâles et modernes; à coté d'eux se dressent tranquillement de petites tables noires très droites, sur lesquelles des lampes à abat-jour on été placées, dans les mêmes tons que les banquettes. Tout cela est disposé avec ergonomie dans les couloirs, qui résonne d'un climat feutré, beau, et prétentieux.
Devant la femme corpulente d'un soyeux trop prononcé, se tient assise une jeune fille aux cheveux sombres dont les pupilles noires rappelait le regard d'un chat fou. Elle aussi était en robe de soirée, avec des talons aiguille, mais sans coupe de champagne et simplement installée sur un petit tabouret.
Elle disait:
—Vous savez madame, je voulais vous voir à propos de votre fils. Je l'ai aimé. Je voudrais avoir des explications sur sont comportement étrange. J'ai toujours voulu faire sa connaissance vous savez, et lui a toujours refusé, et je crois même que vous et votre mari ignoriez jusqu'à mon existence... Je voulais éclaircir la situation, car tout ceci me blesse, je veux, sauf votre respect, savoir ce que tout ceci veut dire.
La femme répondit:
—Mais pourquoi est ce que vous avez cassé ? Il m'a toujours énormément parlé de vous, je le vois encore dire "ah ! Elle ceci, elle cela !"... Mais il ne m'a pas dit que c'était fini. C'est dommage, j'aurais bien voulu faire votre connaissance en d'autres circonstances, votre air m'es sympathique.
—Il en va de même pour moi, répondit doucement celle dont le regard rappelait celui du chat fou.
Comme il y avait un cendrier sur la table basse, la jeune fille alluma une cigarette.
La femme continua:
—Je regrette ce qui s'est passé avec mon fils, je ne comprends pas... Il est si aimable d'habitude. Mais sachez que ce n'est pas à moi que vous devez venir demander des explications. D'ailleurs je n'aime pas les gens qui fument.
Le doux chat fou s'arrêta lentement dans son mouvement, l'air sceptique.
—Pas plus que je n'aime celles qui portent des talons en L, poursuivit la femme au fauteuil. Tout comme vous, en fait.
Le chat, heurté, inventa une excuse pour partir et pouvoir sortir de cet endroit, s'éloigner de cette grasse femme. Dire que la fille au doux regard félin et rêvasseur avait cherché le nom de la corpulente sur tous les appartements du quatrième étage, pendant des heures, pour rien. Elle rentra finalement dans l'ascenseur rouge, où un type à l'air coquet, vêtu d'un complet beige clair d'un style rappelant les années cinquante, se auscultait avec précision son reflet dans le miroir de la cage d'ascenseur. La fille-chat rentre, et les portes se referment brusquement et la lumière meurt: l'alignement de l'ellipse, du centre et de l'orbite sur le foyer font retentir la désagréable sonnerie du réveil.
La réalité était revenue à elle: elle estompa confusément les derniers relents de rêves statiques et s'imposa résolument en temps que début de journée.
Eh bien voilà, Cassandre n'apparait pas dans son premier chapitre, ou du moins elle ne le sait pas.
Kussjes.