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Pour Folie, déesse sans âge

le 07/12/2007 à 14h32

Pour Sarah.

Par le regard inquisiteur du loup frappée
Elle se demanda de quelles folies pâtissait-il
De quels lieux froids pouvait-il sortir ainsi vil,
Pour que ses yeux aient une telle lueur mordorée ?

Car il est des endroits perdus sous ténèbres
Assez dévastés par les antiques catastrophes
Des hauts cieux où tout paraît encore polymorphe
Où l'on ne distingue point les noirs du mièvre

Mon amie, très chère amie, de tes yeux luisants
Tu verras très bientôt, perdue dans le chagrin,
Les ombres exsangues de folie et de déclin

Tant implacables que le loup s'y casse les dents
Mais tu y verras l'ultime chant des oiseaux
Et j'y viendrai ramasser mes derniers morceaux,

Qui me sont dus
Qui ne sont plus


Under The Moon

le 01/12/2007 à 21h55
Une ambiance perdue au coeur de rien
Sous la résonnance pourpre de la ville
Tout est mort à quatre heures de la nuit
Mais en son sein réside une certaine romance

L'air est si froid et tellement silencieux
Rien d'autre que nous ne peut s'y trouver
Sauf peut-être un vieux chien tout perdu
L'unique spectateur d'une certaine romance

Les instants s'égrènent inéluctablement
Les uns après les autres, ils s'en vont
Jusqu'à leur propre terme, un peu déchirant
Et c'est là la fin d'une certaine romance.

With Smoke

le 30/11/2007 à 22h44
Eh bien tout devient dense noir
Sombre duvet de velours
Tandis que dehors,
Tous les jours,
Emane lumière d'or
Esquissant ses contours
Dans le grand bleuté du soir

Ensuite tout est occulté
Les ombres peuvent s'extraire
La face entière dévoilée
Sourires jacassants millénaires
Sortis des fonds des temps

L'obscurité t'embrasse
Telle une bête impétueuse
De la lumière du dehors
Sens l'amer parfum de mort...
Qui te dirige voluptueuse
Dans les terribles impasses

I went back.

le 25/11/2007 à 14h02
Donc tous se dirigeaient lentement vers le centre pour jeunes Belles Lumières, comme l'avait indiqué le misérable petit panneau planté là spécifiquement pour indiquer pareille information. Les bagages étaient assez légers mais encombrants à porter et il faisait un peu froid. Une fine brume sortait de diverses narines fumantes d'adolescents je-m'en-foutistes. Cassandre monta avec Elisabeth et Géraldine afin de choisir dans quelle chambre miteuse elles allaient passer leurs nuits ; le choix fut facile : toutes les pièces étant parfaitement identiques, elles optèrent pour celle qui était la plus proche des lieux d'aisance et salles de bains. La chambre numéro 478. Rien n'indiquait que Belles Lumières puisse contenir un nombre aussi astronomique de chambres, mais la curiosité n'y étant pas et la lassitude régnante après un voyage de quatre heures emportant la partie, elles ne s'en offusquèrent pas ; quelque chose de plus important devait être réglé au plus vite.

— Je prends le lit du dessus.

La déclaration faite, Cassandre s'empressa de grimper à toute vitesse et se planta, toute raide, sur le vieux matelas du lit superposé. Elisabeth ne tenta nulle objection face à la gisante là au-dessus : cela ne mènerait à strictement rien. Cassandre voulait celui du dessus, elle aurait celui du dessus, et, comme le chat perché sur son arbre, personne ne l'en délogerait. Elle se résigna donc à occuper le lit du dessous tout en lançant une remarque en vengeance :

— Ben au moins c'est pas moi qui vais me casser la gueule en descendant pour pisser la nuit.

La conversation s'arrêta là et Géraldine choisit sans rien dire le dernier lit poussiéreux situé entre le lavabo et la porte. Curieusement, les murs étaient recouverts de carpette et de lattes en bois, alors que le sol était fait d'un dallage en faïence dissimulé par quelques tapis épars. Il y avait une grande fenêtre, avec des rideaux bleus, qui donnait sur un balcon étroit, qui lui même portait sur l'étrange forêt qui entourait les Belles Lumières. Dehors pas un bruit. Tout était affreusement silencieux, ces silences qui nous plongent dans une sensation de rêve bourdonnant aux allures irréelles et aux contours indéfinis, tant que tout bascule sans avertir, plus rien n'a de sens et même notre véritable impression du moi devient bizarre : un peu dépossédé, on se demande pourquoi moi et pas un autre. Cassandre sombrait : à travers la fenêtre elle pouvait voir les arbres qui occultaient leurs profondeurs secrètes. D'ailleurs si l'on avait un peu de patience, en marchant assez loin l'on débouchait juste devant un immense trou, qui tranchait de part en part la forêt aux arbres éternels ; on tournait la tête à gauche et puis à droite : le ravin était infini de tous sens. Toutefois l'on pouvait apercevoir, en face, l'autre côté de la forêt, recouvert de buissons et de grands pins. Au pied d'un gigantesque chêne à l'écorce creusée discutaient quelques autochtones. Au début, elle n'osa pas trop s'en approcher, éblouie qu'elle était du vert intense émis vibrant par la végétation qui pourtant était sombre. Cependant un des autochtones l'interpella en lui hurlant si elle savait pourquoi ce trou était là. Elle lui dit que le trou s'agrandissait sans relâche, ses bords s'effritant sous les racines des arbres. Il les emporterait indéfiniment dans ses chutes. À cela l'autochtone répondait, toujours en hurlant, que cela n'avait aucun intérêt, qu'il le savait très bien et que ça n'expliquait pas du tout pourquoi le trou était là.
Elle décida de faire demi-tour et constata que quelque soit la distance qu'elle parcourait, elle retombait à nouveau devant le trou. Bon. Elle gesticula et finit par se cogner quelque chose de dur et droit : la barre de son lit. Elle regarda à travers les planches et vit Elisabeth et Géraldine ranger leurs affaires dans les placards. Manifestement son sommeil plein de turbulences cognitives n'avait pas duré très longtemps.

Les champs de Mars

le 04/11/2007 à 14h59
QUANTA EGO//


Le temps avançait si lentement dans cet autocar, tant bien que même en parlant de choses très compliquées, Cassandre et son amie finirent par se lasser. Elisabeth s'endormit et Cassandre se mit à observer le paysage ennuyeux. Il était long, monotone, et recouvert de vastes étendues vertes et infinies et désertes. Par échelle de comparaisons, on pouvait prétendre que ça ressemblait fort à un Sahara herbacé, écrasé par un ciel bleu cyan. À cet instant précis, où Cassandre regardait paresseusement l'intense similitude entre tous les points de l'arrière-plan, tous les occupants du car, à l'exception près du chauffeur et des enseignants, s'étaient endormis. Il régnait un ronronnement uniforme ponctué de quelques soupirs. Depuis combien de milliers de kilomètres roulaient-ils, pour combien de temps encore rouleraient-ils sans que rien ne se passe ?
Nul ne savait et à vrai dire, personne ne semblait vouloir l'apprendre. L'espace temps avait l'air de s'être déchiré pendant la progression du véhicule devant ce champ. Peut-être étaient ils condamnés à rouler dans la même paysage interminable jusqu'à la fin des temps.

Mais ce ne fut pas le cas. Quelques heures (ou quelques milliers d'années, à en croire l'impression des occupants du car) plus tard, un grand bruit de freins retentit en même temps que tout le monde fut à moitié projeté en avant. Les professeurs émergèrent d'un état de veille profond et commencèrent de vaquer à leurs multiples devoirs professionnels, à savoir dans le cas présent réveiller tous les élèves et les inciter à prendre leurs bagages.

Parmi les enseignants se trouvaient :
Le professeur de géographie, un barbu roux qui aimait dire quelle sortes de plantes pouvaient soigner les verrues (il le faisait à chaque fois);
Le professeur de sciences, qui aimait faire croire aux élèves des petites classes que les vaches brunes donnaient non pas du lait mais bien du chocolat chaud;
Le professeur titulaire, qui dut malgré lui entamer nombre de démarches administratives d'un compliqué tannant sans pouvoir se consacrer à son activité favorite (ne rien faire);
Et le professeur de langues anciennes qui ne savait pas très bien ce qu'il faisait là.

le but du voyage n'était pas spécifié, et d'ailleurs on s'en foutait.

Entre-temps, le décor s'était miraculeusement transformé : au lieu de la planète Mars recouverte de gazon se dressait une épaisse forêt, lourde et d'un vert sombre. Dans un coin à quelques dizaines de mètres se tenait une espèce de complexe d'auberges. Les bâtiments étaient laids. Gris et bétonneux, leurs petites fenêtres grillagées faisaient penser à des meurtrières de prison. Tout cet affront à l'esthétique était planté au beau milieu d'une clairière ensoleillée, comme illuminée par le doigt de Dieu. C'était d'un ridicule un peu troublant. Même l'ambiance avait quelque chose d'étrange: silencieuse et légère, elle demeurait décidément opaque.



Bah.

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