upermuk// too empty

I went back.

le 25/11/2007 à 14h02
Donc tous se dirigeaient lentement vers le centre pour jeunes Belles Lumières, comme l'avait indiqué le misérable petit panneau planté là spécifiquement pour indiquer pareille information. Les bagages étaient assez légers mais encombrants à porter et il faisait un peu froid. Une fine brume sortait de diverses narines fumantes d'adolescents je-m'en-foutistes. Cassandre monta avec Elisabeth et Géraldine afin de choisir dans quelle chambre miteuse elles allaient passer leurs nuits ; le choix fut facile : toutes les pièces étant parfaitement identiques, elles optèrent pour celle qui était la plus proche des lieux d'aisance et salles de bains. La chambre numéro 478. Rien n'indiquait que Belles Lumières puisse contenir un nombre aussi astronomique de chambres, mais la curiosité n'y étant pas et la lassitude régnante après un voyage de quatre heures emportant la partie, elles ne s'en offusquèrent pas ; quelque chose de plus important devait être réglé au plus vite.

— Je prends le lit du dessus.

La déclaration faite, Cassandre s'empressa de grimper à toute vitesse et se planta, toute raide, sur le vieux matelas du lit superposé. Elisabeth ne tenta nulle objection face à la gisante là au-dessus : cela ne mènerait à strictement rien. Cassandre voulait celui du dessus, elle aurait celui du dessus, et, comme le chat perché sur son arbre, personne ne l'en délogerait. Elle se résigna donc à occuper le lit du dessous tout en lançant une remarque en vengeance :

— Ben au moins c'est pas moi qui vais me casser la gueule en descendant pour pisser la nuit.

La conversation s'arrêta là et Géraldine choisit sans rien dire le dernier lit poussiéreux situé entre le lavabo et la porte. Curieusement, les murs étaient recouverts de carpette et de lattes en bois, alors que le sol était fait d'un dallage en faïence dissimulé par quelques tapis épars. Il y avait une grande fenêtre, avec des rideaux bleus, qui donnait sur un balcon étroit, qui lui même portait sur l'étrange forêt qui entourait les Belles Lumières. Dehors pas un bruit. Tout était affreusement silencieux, ces silences qui nous plongent dans une sensation de rêve bourdonnant aux allures irréelles et aux contours indéfinis, tant que tout bascule sans avertir, plus rien n'a de sens et même notre véritable impression du moi devient bizarre : un peu dépossédé, on se demande pourquoi moi et pas un autre. Cassandre sombrait : à travers la fenêtre elle pouvait voir les arbres qui occultaient leurs profondeurs secrètes. D'ailleurs si l'on avait un peu de patience, en marchant assez loin l'on débouchait juste devant un immense trou, qui tranchait de part en part la forêt aux arbres éternels ; on tournait la tête à gauche et puis à droite : le ravin était infini de tous sens. Toutefois l'on pouvait apercevoir, en face, l'autre côté de la forêt, recouvert de buissons et de grands pins. Au pied d'un gigantesque chêne à l'écorce creusée discutaient quelques autochtones. Au début, elle n'osa pas trop s'en approcher, éblouie qu'elle était du vert intense émis vibrant par la végétation qui pourtant était sombre. Cependant un des autochtones l'interpella en lui hurlant si elle savait pourquoi ce trou était là. Elle lui dit que le trou s'agrandissait sans relâche, ses bords s'effritant sous les racines des arbres. Il les emporterait indéfiniment dans ses chutes. À cela l'autochtone répondait, toujours en hurlant, que cela n'avait aucun intérêt, qu'il le savait très bien et que ça n'expliquait pas du tout pourquoi le trou était là.
Elle décida de faire demi-tour et constata que quelque soit la distance qu'elle parcourait, elle retombait à nouveau devant le trou. Bon. Elle gesticula et finit par se cogner quelque chose de dur et droit : la barre de son lit. Elle regarda à travers les planches et vit Elisabeth et Géraldine ranger leurs affaires dans les placards. Manifestement son sommeil plein de turbulences cognitives n'avait pas duré très longtemps.

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